Le 28 juillet 1488, près de Saint-Aubin-du-Cormier, au nord-est de Rennes, l'armée du duc François II est défaite par les troupes du roi de France. Quelques semaines plus tard, le traité du Verger interdit au duc de marier ses filles sans l'accord du roi, et François II meurt en septembre. Sa fille aînée, Anne, a onze ans. Le duché de Bretagne, État presque souverain depuis plus de cinq siècles, vient d'entrer dans sa dernière phase.
Pour comprendre cette bascule, il faut remonter le temps. Voici les grandes étapes de l'histoire du duché, de sa naissance au Xe siècle à son intégration au royaume, puis ce qu'il en reste dans la Bretagne d'aujourd'hui.
Avant le duché : royaume et invasions (IXe - Xe siècle)
845-851 : Nominoë et Erispoë
Au IXe siècle, la Bretagne est d'abord un royaume. Nominoë, chef breton, bat le roi carolingien Charles le Chauve à Ballon en 845. Son fils Erispoë l'emporte à nouveau à Jengland en 851, et le traité d'Angers lui reconnaît le titre de roi, avec le Rennais, le Nantais et le pays de Retz. Les frontières orientales de la Bretagne historique se dessinent alors.
919-936 : le temps des Vikings
Au début du Xe siècle, les raids scandinaves désorganisent le pays. Une partie de l'aristocratie bretonne s'exile outre-Manche. Nantes et de larges portions du territoire passent sous contrôle viking.
Naissance et premières dynasties (938 - 1213)
936-939 : Alain Barbetorte, premier duc
Revenu d'Angleterre en 936, Alain Barbetorte reprend Nantes, puis bat les Vikings à Trans en 939. Il ne porte plus le titre de roi, mais celui de duc : c'est de lui que l'on date la naissance du duché de Bretagne. Nantes devient l'une de ses résidences principales.
1166-1203 : la parenthèse Plantagenêt
Au XIIe siècle, Henri II Plantagenêt, roi d'Angleterre et maître de l'Anjou et de la Normandie, impose son autorité. En 1166, il obtient l'abdication du duc Conan IV et marie son fils Geoffroy à la fille de celui-ci, Constance. Leur fils, Arthur Ier, disparaît en 1203, prisonnier de son oncle Jean sans Terre.
1213 : l'arrivée de la maison de Dreux
En 1213, le roi de France marie l'héritière Alix à Pierre de Dreux, dit Mauclerc. La maison de Dreux gouverne jusqu'en 1341. Le duché se dote alors d'une administration plus structurée, et en 1297 Philippe le Bel érige la Bretagne en duché-pairie.
Crise et âge d'or (1341 - 1488)
1341-1365 : la guerre de Succession de Bretagne
À la mort de Jean III sans héritier direct, en 1341, deux prétendants s'affrontent : Charles de Blois, soutenu par le roi de France, et Jean de Montfort, appuyé par l'Angleterre. Le conflit s'inscrit dans la guerre de Cent Ans. Il se conclut à la bataille d'Auray en 1364, où Charles de Blois est tué, puis par le traité de Guérande en 1365, qui reconnaît Jean IV de Montfort comme duc.
XVe siècle : le duché à son apogée
Sous les Montfort, et en particulier sous Jean V puis François II, le duché fonctionne comme un véritable État : monnaie, chancellerie, diplomatie propre, États de Bretagne réunissant clergé, noblesse et villes. François II, qui règne de 1458 à 1488, fonde l'université de Nantes en 1460. Selon le Château des ducs de Bretagne, c'est aussi lui qui fait bâtir le château actuel de Nantes, à la fin du XVe siècle, sur l'emplacement d'un premier château ducal élevé au XIIIe siècle contre l'enceinte gallo-romaine.
| Période | Dynastie ou fait marquant | Repère |
|---|---|---|
| 936-952 | Alain Barbetorte | Victoire de Trans, 939 |
| 1166-1203 | Influence Plantagenêt | Constance, Arthur Ier |
| 1213-1341 | Maison de Dreux | Duché-pairie, 1297 |
| 1341-1365 | Guerre de Succession | Auray, 1364 ; Guérande, 1365 |
| 1365-1488 | Maison de Montfort | François II, 1458-1488 |
| 1488-1514 | Anne de Bretagne | Deux fois reine de France |

La fin de l'indépendance (1488 - 1547)
1488 : Saint-Aubin-du-Cormier et le traité du Verger
La « guerre folle », révolte de grands seigneurs contre la régence d'Anne de Beaujeu, entraîne le duc François II dans le camp opposé au roi. La défaite du 28 juillet 1488 est décisive. Le traité du Verger, signé en août, place l'avenir dynastique du duché sous contrôle royal. François II meurt le 9 septembre 1488 ; Anne, née à Nantes en 1477, devient duchesse.
1491 et 1499 : les deux mariages d'Anne
En 1490, Anne épouse par procuration Maximilien d'Autriche, ce qui viole le traité du Verger. Charles VIII assiège Rennes, et le mariage autrichien est rompu. Le 6 décembre 1491, à Langeais, Anne épouse Charles VIII. À la mort du roi, en 1498, elle reprend le gouvernement de son duché, puis épouse son successeur, Louis XII, le 8 janvier 1499 à Nantes. Le Château des ducs de Bretagne résume ce destin : Anne, qui poursuit l'embellissement du château de son père, est deux fois reine de France.
1514 : la mort d'Anne de Bretagne
Anne de Bretagne meurt à Blois en janvier 1514. Comme le rappelle une réponse ministérielle publiée au Journal officiel en 2013, son cœur est ramené à Nantes et déposé dans le tombeau qu'elle avait fait réaliser pour ses parents. Le reliquaire, saisi à la Révolution, a été redéposé à Nantes par l'État en 1819. Sa fille Claude, duchesse héritière, épouse la même année François d'Angoulême, qui devient roi sous le nom de François Ier en 1515.
1532 : l'édit d'union
Après la mort de Claude, en 1524, le duché revient à son fils aîné, le dauphin François. En août 1532, les États de Bretagne réunis à Vannes demandent l'union perpétuelle du duché au royaume. L'édit d'union est publié dans la foulée, et le dauphin est couronné duc à Rennes sous le nom de François III. En septembre, l'édit du Plessis-Macé confirme les privilèges de la province : consentement des États à l'impôt, maintien des institutions et de la justice propres à la Bretagne. Le Château des ducs de Bretagne retient 1532 comme la date du rattachement de la Bretagne à la France.
1547 : la fin du titre ducal distinct
Le dauphin François meurt en 1536 ; son frère Henri hérite du duché. Lorsqu'il devient roi en 1547 sous le nom d'Henri II, le titre de duc de Bretagne se confond avec la couronne. Le duché n'a plus de souverain propre.

Après le duché : une province à part (1554 - 1790)
La Bretagne reste une province dotée d'institutions particulières. Henri II crée en 1554 le Parlement de Bretagne, qui s'installe ensuite à Rennes. Les États de Bretagne continuent de voter l'impôt. En 1675, la révolte du papier timbré et des Bonnets rouges secoue la province. Le château de Nantes, lui, devient selon son site officiel résidence bretonne des rois de France, puis caserne, arsenal et prison.
Ce que garantissaient les privilèges bretons
Les privilèges confirmés en 1532 n'étaient pas symboliques. Ils réservaient aux États de Bretagne le droit de consentir aux impôts levés dans la province, ce qui obligeait le pouvoir royal à négocier chaque contribution avec les représentants du clergé, de la noblesse et des villes. Ils garantissaient aussi que les Bretons seraient jugés en Bretagne, par leurs propres juridictions, et que les coutumes de la province resteraient appliquées. Pendant plus de deux siècles et demi, ces garanties ont alimenté des tensions régulières entre les États, le Parlement de Rennes et les intendants envoyés par le roi, jusqu'aux conflits des années 1760, où le Parlement s'oppose ouvertement au commandant de la province.
La rupture vient avec la Révolution : en 1789, les privilèges des provinces sont abolis, et en 1790 la Bretagne est découpée en cinq départements, dont la Loire-Inférieure, l'actuelle Loire-Atlantique.
Ce que le duché a laissé dans la Bretagne d'aujourd'hui
Un territoire historique à cinq départements
Le duché couvrait les quatre départements de l'actuelle région Bretagne et la Loire-Atlantique, avec Nantes. En 1941, un décret a rattaché la Loire-Inférieure à une autre circonscription administrative, et la région Bretagne actuelle n'en compte que quatre. La question du rattachement de la Loire-Atlantique revient régulièrement dans le débat public breton.
Des lieux à visiter
Le château des ducs de Bretagne, à Nantes, classé monument historique en 1862, devenu musée en 1924 et rouvert en 2007 après une quinzaine d'années de travaux, reste le lieu le plus emblématique. Mais le duché se lit aussi dans les villes fortifiées de la côte et des marches : Saint-Malo, Dinan ou Fougères. Dans la cité corsaire, les remparts se parcourent à pied, et notre liste de sorties à Saint-Malo en propose le tour complet. À l'est, la frontière historique avec la Normandie passe par le Couesnon, au pied d'un mont longtemps disputé ; notre guide de l'abbaye et de la baie en retrace les accès.
Une identité qui pèse encore
Le Gwenn ha Du, drapeau breton, reprend les hermines héritées des armoiries ducales. Les noms de rues, les fêtes et les commémorations, comme les 500 ans de la mort d'Anne de Bretagne en 2014, entretiennent la mémoire du duché. Pour les nouveaux habitants, cette histoire aide à comprendre la géographie de la région et l'attachement à ses limites historiques ; le guide Où vivre en Bretagne présente les pays et les villes qui en sont issus. La toponymie garde elle aussi la trace de cette histoire ; notre guide de traduction breton-français aide à décoder les noms de lieux.
Questions fréquentes
De quand date la naissance du duché de Bretagne ?
On date sa naissance d'Alain Barbetorte, qui chasse les Vikings entre 936 et 939 et porte le titre de duc.
Quand la Bretagne a-t-elle été rattachée à la France ?
En 1532, par l'édit d'union demandé par les États de Bretagne réunis à Vannes, complété en septembre par l'édit du Plessis-Macé qui confirme les privilèges bretons.
Qui fut le dernier duc de Bretagne ?
François II est le dernier duc d'une Bretagne indépendante. Après lui, Anne et Claude sont duchesses, puis le dauphin François est couronné duc en 1532 ; le titre se fond dans la couronne avec Henri II en 1547.
Quelle était la capitale du duché de Bretagne ?
Le duché n'avait pas de capitale unique. Nantes accueillait la cour et le château ducal, tandis que les ducs étaient couronnés à Rennes.
Nantes faisait-elle partie du duché de Bretagne ?
Oui. Nantes et le comté nantais faisaient partie du duché, et la Loire-Atlantique appartient à la Bretagne historique.
Sources et références
- Château des ducs de Bretagne, Histoire du château — www.chateaunantes.fr
- Assemblée nationale, Question écrite n° 26921 sur le reliquaire du cœur d'Anne de Bretagne — www.assemblee-nationale.fr




