La faune de Bretagne est avant tout marine. La région accueille environ 400 grands dauphins dans le golfe normano-breton, soit la plus grande population d'Europe, la seule colonie de fous de Bassan de France sur l'île Rouzic et la principale colonie française de phoques gris en mer d'Iroise. Ces animaux s'observent depuis la côte ou en bateau, presque toute l'année.

Derrière ces images de carte postale, les naturalistes bretons dressent un constat plus nuancé. La loutre et le castor sont protégés, mais plusieurs espèces discrètes, du triton crêté à la vipère péliade, ont perdu une partie de leur territoire en quelques décennies. Cette enquête s'appuie sur les travaux publiés par le comité régional du tourisme, le Groupe Mammalogique Breton et l'association Bretagne Vivante.

La faune marine de Bretagne : six espèces phares

Le comité régional du tourisme retient six espèces marines que l'on peut raisonnablement espérer voir. Les chiffres viennent de ses fiches.

EspèceOù l'observerQuandRepère
Grand dauphinbaie du Mont-Saint-Michel, Molène, Seintoute l'année≈ 400 individus dans le golfe normano-breton
Phoque grisparc marin d'Iroise, Sein, Molène, Penmarc'htoute l'année, pic en hiverplus importante colonie de France
Fou de Bassanîle Rouzic (Sept-Îles)fin janvier à septembreplus de 11 500 couples, seule colonie française
Macareux moineréserve des Sept-Îlesmi-mars à mi-juillet150 à 200 couples
Pingouin tordaSept-Îles, baie de Douarnenez, Le Conquetfévrier à juilletparmi les oiseaux marins les plus rares de France
Requin pèlerinsud du Morbihan, Glénan, mer d'Iroiseprintemps et étéespèce en danger critique

Le grand dauphin, résident de la baie

Le groupe du golfe normano-breton fréquente la baie du Mont-Saint-Michel et ses abords. Deux autres groupes vivent en mer d'Iroise, autour de Molène et de Sein. Ces dauphins sont curieux mais imprévisibles : un coup de queue sur l'eau traduit souvent de l'agacement, et le bon réflexe consiste à les laisser venir plutôt qu'à les approcher.

Le phoque gris, star de l'hiver en Iroise

Présent toute l'année dans l'archipel de Molène, à Sein et jusqu'à la pointe de Penmarc'h, le phoque gris est surtout visible en hiver. À marée basse, il se repose sur les roches découvertes : c'est le moment où il est le plus sensible au dérangement.

Les oiseaux des Sept-Îles

Au large de Perros-Guirec, l'archipel des Sept-Îles concentre trois espèces rares. Le fou de Bassan, oiseau blanc d'environ 1,70 m d'envergure, niche par milliers sur Rouzic, de fin janvier à septembre. Le macareux moine y forme la seule colonie visible en France, avec 150 à 200 couples présents de mi-mars à mi-juillet. Le pingouin torda complète le tableau. Le débarquement sur les îles de la réserve étant encadré, l'observation se fait en bateau, depuis les vedettes qui longent les îlots.

Le requin pèlerin, géant inoffensif

L'un des plus grands poissons du monde, le requin pèlerin se nourrit de plancton et ne présente aucun danger. Il se repère à son aileron dorsal marqué d'une tache blanche, au printemps et en été, au sud du Morbihan, aux Glénan et en mer d'Iroise. Sa présence est un indicateur précieux : l'espèce est classée en danger critique d'extinction.

Colonie de fous de Bassan et de leurs poussins au sommet d'une falaise dominant la mer

Faune terrestre en Bretagne : les mammifères des rivières

Loin de la côte, l'enquête mène aux cours d'eau. Le Groupe Mammalogique Breton recense dix espèces de mammifères liés aux rivières et aux zones humides de la région, qu'il qualifie de semi-aquatiques.

La loutre et le castor

La loutre d'Europe mesure 45 à 80 cm, plus une queue de 35 à 45 cm, pour 5 à 12 kg. Elle tire l'essentiel de sa nourriture de l'eau. Le castor, plus lourd (12 à 30 kg), y trouve surtout refuge. Leur fourrure explique leur histoire : 30 000 à 50 000 poils par centimètre carré chez la loutre, 12 000 à 23 000 chez le castor, contre 200 à 600 chez un chien. Longtemps piégés, ils sont aujourd'hui protégés au niveau national, comme le rappelle la brochure du Groupe Mammalogique Breton.

Le reste du groupe comprend le putois, le campagnol amphibie, la musaraigne aquatique et le vison d'Europe, l'espèce la plus menacée du groupe. S'y ajoutent trois espèces introduites, originaires des Amériques : le ragondin, le rat musqué et le vison d'Amérique, échappés d'élevages ou relâchés.

Ce qui les menace

Le Groupe Mammalogique Breton cite trois pressions : la dégradation des cours d'eau (recalibrage, pollution, drainage), la disparition des zones humides, dont 65 % ont été perdues en un siècle en France, et le trafic routier, devenu une cause majeure de mortalité. Pour la loutre, l'association a développé des passages sous les routes et des « havres de paix », portions de berge laissées tranquilles par leurs propriétaires.

Amphibiens et reptiles : l'enquête des atlas

Un peuplement à part

La Bretagne compte 15 espèces d'amphibiens et 9 de reptiles évaluées par les naturalistes. Ce n'est pas une région record en nombre d'espèces, mais son peuplement est original : selon l'atlas régional cité par Bretagne Vivante, c'est la seule région d'Europe où cohabitent des espèces atlantiques, continentales, septentrionales et méridionales. Les cinq principales espèces de tritons du continent s'y côtoient, parfois dans la même mare.

Deux atlas, un recul net

Le premier atlas des amphibiens et reptiles de Bretagne date de 1988. Le second, publié en 2014, a mobilisé plus de 1 000 observateurs et près de 30 000 données collectées entre 2000 et 2012, sur 439 mailles au lieu de 87. La comparaison est sans appel pour deux espèces : le triton crêté et la couleuvre d'Esculape ont reculé vers l'est de la région, et leurs populations du Finistère et du Morbihan semblent avoir disparu.

Ce que dit la liste rouge régionale

EspèceStatut en Bretagne (liste rouge 2017)
Vipère péliadeen danger
Couleuvre d'Esculapevulnérable
Couleuvre vipérinevulnérable
Triton crêtévulnérable

À ces quatre espèces menacées s'ajoutent six amphibiens et un reptile classés « quasi menacés ». Au total, 45 % des amphibiens et reptiles bretons présentent un statut de conservation préoccupant. La Bretagne porte en outre une responsabilité très élevée pour la vipère péliade : elle hébergerait 20 à 30 % des effectifs nationaux. Elle abrite aussi deux espèces à répartition mondiale très restreinte, le triton marbré et le pélodyte ponctué.

À l'échelle nationale, la liste rouge de 2015 indique que 19 des 24 espèces présentes en Bretagne sont en déclin, y compris des espèces communes comme la salamandre tachetée, le triton palmé ou la couleuvre à collier.

Petit triton orange tacheté de rouge sur un sol forestier humide

Pourquoi la faune bretonne décline par endroits

En recoupant les publications, les causes se répètent d'un groupe à l'autre :

  1. La perte des zones humides : mares comblées, prairies drainées, ruisseaux recalibrés. Amphibiens et mammifères semi-aquatiques en sont les premières victimes.
  2. Les routes : collisions pour la loutre, écrasement massif des amphibiens lors de leurs migrations de printemps.
  3. La faible capacité de déplacement des reptiles et amphibiens, qui recolonisent difficilement un site perdu.
  4. Les espèces introduites, concurrentes ou porteuses de maladies.
  5. Le dérangement en mer et sur l'estran, notamment pour les phoques au repos et les oiseaux nicheurs.

Le constat des naturalistes reste prudent : hors des deux espèces dont le recul est mesuré, ils évoquent une érosion diffuse depuis les années 1960, difficile à chiffrer faute de suivis réguliers.

Observer sans déranger

Le comité régional du tourisme rappelle des règles simples :

  • Distance : les prestataires d'excursions en mer doivent maintenir au moins 100 mètres entre le bateau et les mammifères marins.
  • Aucun contact : ne pas toucher, nourrir ni nager avec les animaux, surtout les mères accompagnées d'un petit.
  • Silence à bord, sans objets bruyants.
  • Signaler ses observations sur la plateforme participative Obsenmer, utilisée par les scientifiques.

À terre, la discrétion vaut autant : rester sur les sentiers, tenir les chiens en laisse près des falaises à oiseaux, ne jamais déplacer un amphibien ou un serpent. Sur l'estran, où crabes, anémones et bigorneaux se découvrent à marée basse, les mêmes égards s'imposent : remettre les pierres retournées dans leur sens, comme le détaille notre article sur la pêche à pied responsable.

Où partir observer la faune bretonne

  • Sept-Îles et côte de Granit rose : fous de Bassan, macareux, pingouins, en bateau au printemps et en été.
  • Mer d'Iroise, Molène, Sein : phoques gris en hiver, grands dauphins toute l'année. Les îles de l'archipel sont présentées dans notre guide des îles bretonnes.
  • Baie du Mont-Saint-Michel : grands dauphins, oiseaux d'eau en hiver.
  • Golfe du Morbihan et Glénan : requin pèlerin au printemps, oiseaux marins. Au large de Lorient, l'île de Groix se prête aussi à l'observation des oiseaux marins depuis ses sentiers côtiers.
  • Vallées et marais de l'intérieur : traces de loutre sur les berges, tritons dans les mares au printemps.

Avec des enfants, une sortie en mer courte ou une balade guidée au bord d'une rivière se prête mieux qu'une longue attente sur une falaise ; notre livret la Bretagne avec des enfants rassemble des idées de sorties adaptées aux plus jeunes.

Questions fréquentes

Quels animaux voir en Bretagne ?

En mer : grands dauphins, phoques gris, requins pèlerins. Sur les îles : fous de Bassan, macareux moines et pingouins tordas. À terre : loutres et castors le long des rivières, tritons, salamandres et couleuvres dans les zones humides.

Où voir des dauphins en Bretagne ?

Dans la baie du Mont-Saint-Michel et le golfe normano-breton, où vit un groupe d'environ 400 grands dauphins, et en mer d'Iroise autour de Molène et de Sein.

Quand voir les macareux aux Sept-Îles ?

De mi-mars à mi-juillet, période de nidification des 150 à 200 couples de la réserve. L'observation se fait depuis un bateau.

Y a-t-il des loups ou des ours en Bretagne ?

Aucune de ces espèces n'est mentionnée dans les inventaires régionaux consultés. En rivière, les plus gros mammifères sauvages sont le castor, jusqu'à 30 kg, et la loutre, jusqu'à 12 kg.

Quelles espèces sont menacées en Bretagne ?

Parmi les amphibiens et reptiles, la vipère péliade est classée en danger, la couleuvre d'Esculape, la couleuvre vipérine et le triton crêté vulnérables. En mer, le requin pèlerin est en danger critique d'extinction.

Sources et références

  • Tourisme Bretagne, Six espèces animales marines à voir en Bretagne — www.tourismebretagne.com
  • Groupe Mammalogique Breton (Observatoire de l'environnement en Bretagne), Les mammifères semi-aquatiques en Bretagne — bretagne-environnement.fr
  • Bretagne Vivante, Penn ar Bed n° 227, Les amphibiens et reptiles menacés en Bretagne (2017) — bretagne-environnement.fr