On le compare souvent à son voisin de la Rance, et l'on imagine volontiers que le barrage d'Arzal fabrique lui aussi de l'électricité avec la marée. Il n'en produit pas. Le rapport publié par l'Ifremer en 1985 le range dans une autre famille d'ouvrages : celle des barrages d'estuaire conçus pour défendre des terres basses, comme ceux du Zuiderzee ou du plan Delta aux Pays-Bas, en beaucoup plus petit.
Érigé en 1970 sur l'estuaire de la Vilaine, entre Arzal (Morbihan) et Camoël, il a d'abord une mission simple : empêcher les eaux marines de remonter vers l'amont. Tout le reste de son histoire, de la plaisance à l'eau du robinet, découle de ce choix.
Trois familles de barrages d'estuaire
Pour comprendre la place d'Arzal, l'introduction du rapport de l'Ifremer distingue trois raisons de fermer un estuaire.
Produire de l'électricité. C'est le cas de l'usine marémotrice de la Rance, entre Saint-Malo et Dinard, ou des projets de la baie de Fundy, au Canada. Les turbines exploitent la différence de niveau entre la mer et le bassin retenu.
Créer une réserve d'eau douce. Le rapport cite le projet de barrage de la Nakdong, en Corée du Sud, destiné à alimenter la ville de Busan en eau.
Défendre des terres basses contre les inondations. C'est, selon l'Ifremer, la raison la plus fréquente, illustrée à grande échelle par le Zuiderzee et le plan Delta, qui a compartimenté les embouchures de l'Escaut, de la Meuse et du Rhin.
Arzal appartient à cette troisième famille, à une échelle bien plus modeste, plus proche des projets envisagés ailleurs en Bretagne. Le rapport note d'ailleurs que d'autres barrages d'estuaire avaient été étudiés sur des sites français : connaître objectivement l'effet de celui de la Vilaine servait aussi à éclairer ces projets. La fonction de réserve d'eau potable, qui fait aujourd'hui sa valeur, s'est ajoutée ensuite, sans que l'ouvrage ait jamais été équipé de turbines.
Avant le barrage : un estuaire ouvert à la marée
Jusqu'à la fin des années 1960, la Vilaine reste un estuaire ouvert. L'eau salée remonte le fleuve à chaque flot, les courants de marée brassent l'eau douce et l'eau de mer, et un épais bouchon vaseux se forme là où elles se rencontrent. Les terres basses de l'aval restent exposées à cette influence marine.
Des mesures de salinité et de matières en suspension sont réalisées à cette époque par le Laboratoire central d'hydraulique de France. Ce sont elles qui serviront plus tard de point de comparaison pour évaluer l'effet de l'ouvrage.
1970 : la fermeture de l'estuaire
Le barrage est achevé en 1970. Une photographie publiée par l'Ifremer, prise peu après sa construction, montre de gauche à droite l'écluse, les cinq pertuis de vidange et le terre-plein. Morbihan Tourisme le présente aujourd'hui comme le plus long ouvrage d'estuaire d'Europe.
En amont, le fleuve devient un vaste plan d'eau douce. Les conséquences y sont, selon l'Ifremer, positives et conformes aux prévisions : niveaux maîtrisés, terres protégées de la remontée de la mer.

Les années 1970 : la plaisance s'installe
L'aménagement du plan d'eau permet le développement de la navigation de plaisance. Le port d'Arzal-Camoël naît en amont de l'ouvrage. Morbihan Tourisme le présente aujourd'hui comme le troisième port du Morbihan, avec environ 1 200 emplacements. En aval de l'écluse, les plaisanciers gagnent vite le golfe du Morbihan, dont notre carte commentée des îles et des rives détaille les passages.
L'écluse devient alors le passage obligé entre la mer et le bief qui remonte vers La Roche-Bernard et Redon. Sa manœuvre, avec le pont qui se lève pour laisser passer les mâts, attire depuis des décennies les curieux sur les quais.
1982 : la crise de la baie de Vilaine
Une douzaine d'années après l'achèvement du barrage, des problèmes apparaissent dans la zone côtière voisine. Durant l'été 1982, une mortalité massive de poissons frappe la baie de Vilaine. Elle est provoquée par une anoxie, c'est-à-dire un manque d'oxygène, des eaux de fond. L'apparition récurrente d'une algue microscopique toxique, Dinophysis acuminata, responsable d'intoxications par les moules, s'y ajoute.
Le public met en cause le barrage. En 1983, une série de travaux scientifiques est lancée pour comprendre les mécanismes et proposer des mesures, coordonnée par une association créée pour l'occasion et financée par l'État, les collectivités et l'agence de bassin.
1984-1985 : le diagnostic de l'Ifremer
En 1984, l'Ifremer mesure la salinité et les matières en suspension dans l'estuaire et la baie, puis compare ses résultats à ceux d'avant la construction. Le rapport, publié en novembre 1985, conclut que l'ouvrage aggrave de façon chronique une hypoxie estivale des eaux de fond qui existait probablement déjà.
Le barrage induit, dans l'estuaire résiduel en aval :
- un ralentissement des courants de marée ;
- une forte diminution du temps de résidence de l'eau douce ;
- une très forte diminution du bouchon vaseux.
Ces processus déplacent la consommation d'oxygène de l'estuaire vers le fond de la baie. Le rapport précise que le barrage n'est pas la seule cause de la mortalité de 1982, mais qu'il y a contribué. Cette question de la qualité des eaux côtières reste d'actualité pour les pêcheurs à pied, qui doivent vérifier qu'un site est ouvert avant de ramasser des coquillages.
Une réserve d'eau potable au cœur du système
Avec le temps, le plan d'eau amont prend une autre importance : il alimente l'usine d'eau potable de Vilaine Atlantique, dont la prise d'eau se trouve en amont de l'ouvrage. Le barrage n'est plus seulement une protection contre la mer : il conditionne une ressource en eau potable dont dépendent de nombreuses communes.
C'est là que naît le conflit d'usages. Selon l'avis de marché publié en 2025 par l'établissement public Eaux et Vilaine, à chaque éclusée une portion d'eau salée pénètre dans la Vilaine. En période d'étiage, quand les ouvertures de l'écluse sont les plus fréquentes, la concentration en chlorures devient trop élevée et l'écluse doit être arrêtée.
Les plaisanciers le constatent sur le site de réservation des passages : certains créneaux y apparaissent annulés pour « protection de la ressource en eau ».
2025 : le chantier anti-salinité
Le 7 juillet 2025, l'EPTB Eaux et Vilaine publie l'avis d'attribution du marché de « travaux de réalisation d'un dispositif anti-salinité à l'écluse du barrage d'Arzal ». La valeur estimée atteint 12,4 millions d'euros hors taxes.
Le principe tient en deux éléments. L'eau salée, plus dense, sera pompée au fond du sas grâce à une station de pompage. Une vanne secteur de 13 mètres de large sur 10 mètres de haut permettra d'introduire l'eau douce en douceur, sans brassage, dans le sas. L'ensemble repose sur un pilotage automatisé qui associe génie civil, vannes, pompes et automatismes.

2026-2027 : travaux et maintien de la navigation
Le calendrier prévu par l'avis court du 24 juin 2025 au 23 août 2027. Le barrage doit rester en fonctionnement pendant toute la durée des travaux, vannes, siphons, passe à poissons et rampes à anguilles compris. L'écluse doit rester ouverte pendant la période estivale, de Pâques 2026 à la fin des vacances de la Toussaint 2026.
Hors de cette période, des interruptions de l'éclusage sont possibles. Avant de prévoir un passage en bateau, il faut consulter les horaires et les avis publiés sur le site de réservation de l'écluse.
| Date | Étape |
|---|---|
| 1970 | Achèvement du barrage |
| 1982 | Mortalité massive de poissons en baie de Vilaine |
| 1985 | Rapport de l'Ifremer sur l'impact de l'ouvrage |
| 2025 | Marché du dispositif anti-salinité (12,4 M€ HT) |
| 2027 | Fin prévue des travaux (août) |
Visiter le barrage d'Arzal aujourd'hui
Regarder passer les bateaux
Le spectacle le plus simple consiste à observer l'écluse depuis les abords de l'ouvrage. Les créneaux de passage s'échelonnent de 8 h à 19 h, à la montée comme à la descente, selon le niveau de la mer. Les plaisanciers déclarent leur intention de passage en ligne, ce qui permet de voir en temps réel combien de bateaux attendent.
La balade du Moustoir
Morbihan Tourisme propose une boucle de 11 km qui part du Moustoir, au bord de la Vilaine, là où le fleuve mesure environ 500 mètres de large. Elle offre des vues sur l'estuaire, le port et les rives boisées. Prévoir de bonnes chaussures : les chemins de rive peuvent être boueux en hiver. Pour comparer avec un estuaire resté libre, celui de la Laïta débouche dans l'océan au niveau des plages du Pouldu, où le courant de la rivière impose ses propres consignes.
Avec des enfants
Le passage d'un voilier dans le sas, le pont qui se lève puis se rabaisse, les bateaux qui changent de niveau dans le sas : l'écluse fascine souvent les plus jeunes. D'autres idées de sorties adaptées aux familles, en bord de mer comme à l'intérieur des terres, figurent dans la Bretagne avec des enfants.
Questions fréquentes
Le barrage d'Arzal produit-il de l'électricité ?
Non. Contrairement à l'usine marémotrice de la Rance, il a été érigé pour empêcher la remontée de la mer dans la Vilaine. Il sert aujourd'hui à la protection contre les eaux marines, à la navigation et à la réserve d'eau potable.
En quelle année date le barrage d'Arzal ?
Il a été achevé en 1970 sur l'estuaire de la Vilaine, entre Arzal et Camoël.
Pourquoi l'écluse d'Arzal est-elle parfois fermée ?
Parce que chaque éclusée fait entrer de l'eau salée dans la réserve d'eau douce qui alimente l'usine d'eau potable. En période sèche, l'éclusage est restreint ou arrêté pour protéger la ressource.
À quoi sert le chantier de l'écluse d'Arzal ?
À stopper les entrées d'eau salée grâce à un pompage au fond du sas et à une nouvelle vanne secteur, afin de concilier navigation et eau potable. Les travaux sont prévus jusqu'en août 2027.
Peut-on se promener près du barrage d'Arzal ?
Oui. On peut observer l'écluse depuis les abords et suivre la boucle de 11 km au départ du Moustoir proposée par Morbihan Tourisme.
Sources et références
- Ifremer, M. Merceron, Impact du barrage d'Arzal sur la qualité des eaux de l'estuaire et de la baie de la Vilaine (1985) — archimer.ifremer.fr
- BOAMP, Avis d'attribution n° 25-76616 : travaux de réalisation d'un dispositif anti-salinité à l'écluse du barrage d'Arzal — www.boamp.fr
- Morbihan Tourisme, Idée balade : Arzal, porte de l'estuaire de Vilaine — morbihan.com
- Passeport Écluse, Horaires de l'écluse d'Arzal-Camoël — www.passeportecluse-arzal-camoel.com




